Gérard Jodar, président de l’USTKE dont les méthodes musclées lui valent d’être incarcéré depuis le 29 juin, est un militant radical de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie.
Gérard Jodar © AFP
La condamnation à un an de prison ferme, après un coup de force sur l’aéroport de Magenta, de ce syndicaliste et quinquagénaire fringant, prêt au coup de poing, a été au cœur des heurts qui ont agité l’archipel du Pacifique début août.
Le calme est revenu mais la population attend non sans appréhension la tenue du procès en appel le 25 août.
Né en 1952 à Givors, Gérard Jodar a débarqué en Nouvelle-Calédonie avec un copain de l’armée en 1971, après avoir grandi à Vénissieux dans le Rhône, où, avoue-t-il, il aurait pu "toucher à la délinquance".
Syndicalisme autonome
Le jeune homme démarre sa nouvelle vie dans le Pacifique sud, en enchaînant les petits boulots. Embauché à la compagne aérienne UTA, il se retrouve délégué du personnel et fonde un syndicat autonome, le STAR.
"Les copains m’ont dit : tu sais parler, vas-y !", racontait-il récemment au journal Les Nouvelles-Calédoniennes.
L’option USTKE
En 1981, cet orateur exalté rejoint dès sa création l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités), dont le fondateur est Louis Kotra Uregei, militant indépendantiste kanak, surnommé LKU.
Réputé pour son intransigeance, le syndicat, proche de la CGT, dénonce le conservatisme et l’omnipotence du patronat et milite pour "l’insertion des Kanaks dans l’entreprise".
Vice-président de l’USTKE , Gérard Jodar succède en 2000 à Louis Kotra Uregei, qui a des ambitions électorales. Fin 2007, le syndicat s’est doté d’une succursale politique, le parti Travailliste.
Après l’élection de Nicolas Sarkozy, l’Etat décide de réprimer fermement les débordements de l’action syndicale. Ce choix propulse Gérard Jodar sur le devant de la scène. Il engage un bras de fer avec Yves Dassonville, haut-commissaire de la République.
"C’est une sorte de Dr Jekyll et Mister Hyde. Dans les structures paritaires, il remplit parfaitement son rôle, c’est un gestionnaire posé et équilibré", observe François Perronnet, secrétaire général du Medef. "En dehors de ces structures, il reprend sa bannière révolutionnaire".
La stratégie de la manifestation jusqu’au boutiste
D’autres syndicats déplorent que M. Jodar ait été emprisonné si promptement, "parce que beaucoup d’hommes politiques, comme Gaston Flosse par exemple, devraient y être depuis longtemps", assure un responsable.
"Gérard Jodar est quelqu’un de très intelligent. Je ne cautionne pas ce qui s’est passé, mais il n’est pas responsable des débordements qui se produisent parfois sur les manifestations", estime Didier Kaddour, secrétaire général de FO.
A l’Usoenc, premier syndicat calédonien, on fustige les pratiques de M. Jodar. "Je ne peux pas voir d’un bon oeil qu’un leader syndical soit en prison, mais ce genre de pratiques ne rapporte rien aux salariés. Il n’y a que des perdants", regrette le secrétaire général Didier Guénant-Jeanson.
Le jusqu’au boutisme de M. Jodar est contesté au sein même de son organisation, dont deux figures viennent de quitter le bureau exécutif.
Syndicaliste passionné, ce père de trois enfants est aussi administrateur de la TAS (assistance aéroportuaire), où il représente les salariés-actionnaires, et gérant de plusieurs sociétés en lien avec cette activité.
Résidant dans une coquette villa à la périphérie de Nouméa, conduisant un 4X4 de luxe, il rétorque à ses détracteurs qu’il n’a "pas fait vœu de pauvreté" en s’engageant dans l’action syndicale.
Claudine Wery (AFP)
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